5 conseils pour être vegan en société

Le week-end dernier, j’étais invitée à un dîner et les hôtes savaient que je suis vegan donc je n’ai pas eu à le préciser en amont. C’est plus confortable quand c’est comme ça, mais comme je l’explique dans mon guide « Réduire les produits d’origine animale en gardant le plaisir de manger », si les personnes qui m’invitent à diner ne savent pas, je préfère le préciser gentiment tout en les mettant à l’aise et en proposant d’apporter quelque chose, ou de fournir une recette s’ils préfèrent. Généralement tout se passe bien comme ça.

Mais je sais que le regard des autres est souvent un énorme frein lorsqu’on devient végétarien ou végétalien. C’était le cas pour moi, il m’a fallu du temps avant de l’assumer et même de le revendiquer où en tout cas de ne pas hésiter à le dire. J’avais peur des réactions, des critiques, et au début je disais que je “réduisais simplement la viande et les produits animaux pour voir ce que ça faisait”, et puis un jour j’en ai eu marre de me mentir à moi-même et j’ai fait mon coming-out de vegan et je l’ai clairement annoncé.

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“Pourquoi être devenue vegan ?”

Que les personnes qui m’invitent sachent ou non que je suis vegan, arrive inévitablement la question « Mais pourquoi être devenue vegan ? ». Cette question ne me dérange pas du tout et je suis très à l’aise pour en parler, mais en fait je me rends compte que les gens qui me la posent ne sont pas toujours très à l’aise eux.
Enfin la plupart sont vraiment adorables et écoute ma réponse sans juger, sans critiquer, sans chercher à me faire changer d’avis et sont même plutôt d’accord avec moi en général. Ils n’ont pas juste envie de passer le cap mais le ferait bien quand même dans un monde idéal. J’étais pareille il n’y a pas longtemps.
Mais certains se sentent bizarrement agressés par ma réponse et mon choix de ne plus manger d’animaux. Pourtant je fais bien attention à répondre à la question « pourquoi es-tu devenue vegan ? » de façon très modérée, sans chercher à convaincre qui que ce soit, en exposant simplement mon ressenti, mes raisons et en mettant tout le monde à l’aise. Et je suis assez ouverte au dialogue, je comprends et respecte que chacun aient ses opinions, ses croyances et fassent ses choix. Enfin je crois que je le suis.

Chercher à convertir le monde entier ?

Malgré cela certains pensent que le simple fait que je sois vegan fait que je vais évidemment chercher à les convertir ou que je vais les juger si eux mangent des produits animaux. Et avant même que j’ai pu ouvrir la bouche, ils contre-attaquent… Ils disent que le côté « extrémiste » de ce choix les dérange (ça m’a bien fait rire ça de comparer le choix de devenir vegan avec un choix « extrémiste »…), que ça fait un peu secte, que eux pourraient facilement se passer de viande mais pas de poisson, etc. En bref ils projettent leur propre situation. En même temps je ne juge pas, j’étais un peu comme eux il n’y pas si longtemps.

Et loin de moi l’idée de dire qu’aujourd’hui je suis parfaite et que j’ai tout compris à la vie. Evidemment quand on devient vegan on a un peu envie que les gens autour de nous deviennent tous comme nous, ouvrent les yeux, se rendent compte que c’est la meilleure chose qu’il soit, mais j’ai encore beaucoup de choses à apprendre et je ne prétends pas être meilleure que quiconque.

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“Nous sommes fait pour être omnivores !” 

Mais le week-end dernier, pour la première fois j’ai eu droit au discours classique « mais tu sais nous sommes fait pour être omnivores » et « pourquoi ne pas manger d’oeufs des poules de ton voisin si tu vois qu’elles sont heureuses et bien traitées ? » Et à ce moment là, j’ai eu une mauvaise réaction. J’ai voulu prouver à cette personne que j’avais raison et qu’elle avait tort. J’ai voulu sortir tous mes arguments. Sauf qu’elle aussi avait très envie de me montrer que j’avais tort. J’avais beau dire que j’avais lu beaucoup sur le sujet et que nous n’avions pas une anatomie faite pour consommer de la viande, l’autre me rétorquait de lire tel livre où il est dit exactement l’inverse.

Résultat le ton est un peu monté, jusqu’à ce que je me rende compte de ce que j’étais en train de faire et que je change de tactique et que je dise « enfin de tout façon, cela est mon choix, je ne cherche à l’imposer à personne, je l’ai fait pour des raisons qui me sont propres et qui n’engagent que moi », ce qui a calmé le jeu.

Je me suis rendue compte de quelque chose qui peut sembler un peu paradoxal, mais pour convaincre quelqu’un, il faut parfois aller dans son sens. Dire à cette personne qu’elle a sans doute raison, qu’à sa place, nous penserions sûrement pareil et que nous avons juste choisi de faire un choix différent pour d’autres raisons. Ainsi la personne va se dire « je le savais, j’avais raison ! » et sur le coup elle sera contente.

Et peut-être par la suite, elle sera plus disposée à vraiment discuter, écouter et échanger. Je ne dis pas évidemment qu’il faut aller à l’encontre de ce que l’on pensent vraiment, se trahir soi-même ou mentir, mais simplement de dire à l’autre que sa façon de penser est ok (même si l’on pense que c’est le dernier des idiots) et que nous avons juste une façon de penser différente.
Souvent quand je dis aux gens que je respecte leur opinion, que c’est sûrement très juste ce qu’ils disent, une fois la discussion apaisée, ce sont eux qui ré-ouvrent le dialogue en posant d’autres questions plus constructives et ils sont enfin disposés à écouter la réponse même si elle ne leur plait pas.

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Alors comment répondre aux questions quand on est vegan ?

Voici quelques conseils, qui n’engagent que moi, mais qui fonctionnent plutôt bien en général.

  • Parler de soi

Pas en mode égocentrique qui ne parle que de soi, mais parler de son « pourquoi » et des raisons qui vous ont poussées vous à changer d’alimentation. Les personnes en face se sentiront moins agressées que si vous avancez des arguments dans le but de les faire changer eux.

Dans mon cas par exemple si on me demande pourquoi je suis vegan je vais dire « parce que j’ai choisi de limiter au maximum mon impact sur les animaux », ce qui est différent de « parce que la façon dont on traite les animaux est ignoble et que manger des produits animaux est un acte criminel ». Même si cela revient à dire la même chose, dans le second cas, si l’on parle à des omnivores qui donc mangent des produits d’origine animale, on les accuse en quelque sorte d’être des criminels avec cette réponse, alors que dans le premier cas je ne parle que de mon choix.

  • Rester humble

Je ne sais pas vous mais moi rien ne me convainc moins que quelqu’un qui semble avoir la science infuse, savoir tout sur tout et être persuadé d’avoir raison. Quand quelqu’un ne laisse pas la place au dialogue et ne cherche qu’à étaler sa science et me convaincre à tout prix, ça a tendance à faire l’effet inverse. Surtout lorsqu’il s’agit de me faire changer un comportement.
Je pense qu’il est bien plus utile de convaincre par l’exemple. Je suis persuadée de ça. Donc dans les discussions autour du végétarisme/végétalisme, je reste toujours humble, je n’hésite pas à dire que j’ai encore beaucoup à apprendre, que je ne détiens pas la vérité absolue et que je cherche à persuader personne du contraire.
Et j’essaye au maximum de ne pas m’énerver car s’énerver c’est en quelque sorte admettre qu’on a tort ou que l’on ne respecte pas l’opinion de l’autre. Je pense que quelqu’un qui reste calme et plus convaincant que quelqu’un qui part dans une colère noire.

  • Assumer ses choix

Cela peut sembler contradictoire avec mon conseil précédent mais cela ne l’est pas. On peut tout à fait rester humble ET assumer ses choix, c’est à dire admettre que nous n’avons peut-être pas raison sur tout et que nous ne savons pas tout mieux que les autres, mais que nous avons pris une décision, fait un choix et que c’est ainsi. Surtout quand l’autre en face essaye de nous convaincre de changer.

Autant je peux être ouverte au dialogue autant si l’autre en face cherche trop à remettre en question ma décision, ma façon de m’alimenter et à me faire changer d’avis ou à prouver à tout le monde que j’ai tort, là je n’hésite pas à sortir les griffes et à dire clairement que c’est mon choix, que je lui demande de le respecter même s’il n’y adhère pas, que je ne cherche pas à le faire changer lui donc qu’il n’essaye pas de me faire changer moi.

  • Tourner la discussion sur le positif

Les gens qui ne sont pas végétariens ou végétaliens voient souvent ce type d’alimentation comme un régime où l’on a enlevé beaucoup de choses. Et la plupart disent des choses comme « moi je ne pourrais jamais me passer de ceci ou de cela, et puis comment fais-tu quand tu manges à l’extérieur, oh là non, très peu pour moi ». Ce à quoi j’aime rétorquer qu’effectivement, j’ai enlevé beaucoup de choses de mon alimentation mais que j’en ai ajouté au moins autant.

Je leur explique qu’on peut très bien faire une mousse au chocolat sans oeufs ou déguster un délicieux burger vegan. Je leur explique à quel point c’est agréable de manger des choses saines et délicieuses et que c’est bien moins compliqué que ce que je pensais. Je ne mens pas en disant que c’est merveilleux et hyper facile au quotidien, je dis aussi que cela demande un peu d’effort et d’adaptation, mais je parle surtout des bénéfices.

  • Accepter que tout le monde ne pense pas comme vous

C’était la partie la plus difficile pour moi au début surtout quand j’entendais quelqu’un dire « les animaux moi perso je m’en fous », « il faut bien manger de tout façon » ou « il y a d’autres problèmes plus graves dans la vie ». Ou encore quand j’entendais quelqu’un dire « moi j’adore les animaux alors je ne peux pas regarder les images d’abattoir, c’est trop dur », j’avais envie de répondre « oui mais en fait le morceau de steak que tu manges, il en vient des abattoirs et c’est un morceau de ces animaux que tu aimes tant… » . Mais je ne l’ai jamais fait.

Ça m’a pris du temps (et j’ai encore du mal parfois) mais j’ai accepté le fait que tout le monde ne pense pas comme moi. Il n’y a pas si longtemps moi aussi je mangeais de la viande tout en déclarant que j’adorais les animaux…
Bon pour ceux qui disent clairement n’en avoir rien à faire des animaux, là, je n’essaye même pas d’engager un dialogue… Ça ça me désole mais que voulez-vous, c’est comme ça.

Pour résumer, en société généralement j’essaye de me faire discrète et je ne fais que répondre aux questions que me posent les gens. Mon objectif en devenant vegan est surtout de ne plus impacter les animaux et d’être en meilleure santé. Un de mes objectifs second est évidemment de faire passer le plus de personnes du côté vegan de la force, mais pas de manière offensive ou vindicative, bien au contraire.
Donc même si je suis ravie quand des personnes ont envie d’en parler et me posent des questions, je ne me balade pas avec écrit « vegan forever » sur le front 😉

Et vous, que vous soyez flexitarien, végétarien ou vegan,
comment faites-vous lorsqu’on vous pose ce genre de questions ?

Êtes-vous à l’aise pour en parler ?

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% commentaires (8)

C’est amusant, on a les mêmes réactions quand on dit que l’on est catho (pratiquant) etq ue l’on doit se justifier: non je ne fais pas les “manifs pour tous”, non je te cherche pas a te convertir et non je ne suis pas contre la laicite etc.. j’en passe et des meilleurs. Comme toi. Et du coup, je me retrouve tout a fait dans tes elements de reponse (rester humble, partager mais sans imposer…)
Bon article, merci!

Merci pour ton commentaire 🙂
Haha je vois exactement le genre de réflexions que tu dois avoir, en fait dès que tu te positionnes sur un sujet un peu “délicat”, que ce soit l’alimentation, la religion, etc. les gens voient tout de suite l’extrême en toi… Mais je pense effectivement qu’en restant humble et ouvert, ça passe mieux 🙂

Végétarienne avec un fort penchant pour le végétalisme, je dois dire que j’ai tellement intériorisé le fait de ne plus manger de chaire animale que j’ai presque le sentiment que c’est normal, et j’en oublie parfois que c’est une situation “anormale”, sauf quand les gens me posent des questions haha. C’st toujours un peu compliqué d’expliquer les choses, mais ma priorité était l’environnement dans tout ça. Après évidemment je me suis sensibilisée aux animaux et à leur cause, mais du coup je fais plutôt appel à ce coté rationnel avant tout. J’essaye de ne pas m’étaler à priori, sauf si la personne en face manifeste un vif intérêt pour la question.
J’ai souvent été confrontée à de l’incompréhension voire de la méchanceté, du coup parfois il m’arrive même de dire quand je suis confrontée à un groupe entier “j’ai fait ce choix pour de multiples raisons mais je préfère ne pas en discuter ici, si tu préfères on pourra aborder le sujet tous les deux”. Parce que pour sûr si je suis épuisée de quelque chose, ce ne sont pas mes carences, c’est de devoir me justifier haha!
Par contre, je suis complètement d’accord avec toi sur l’idée qu’il faut rester ouvert et surtout éviter le faux pas de plonger à corps perdu dans l’intolérance totale envers ceux qui n’ont pas encore eu le déclic!

Hello Délia !
Je te rejoins totalement pour ta réaction face à un groupe, je préfère aussi en parler en petit comité plutôt que face à un groupe car cela peut vite dégénérer..
Haha tu as raison ce ne sont pas des carences qui nous fatiguent, mais les réactions des gens 😉 Même si heureusement il y a de plus en plus de gens ouverts sur le sujet et ça progresse ! 🙂

[…] dialogue mais j’essaie de ne rien imposer à personne, comme je vous en parle dans mon article « 5 conseils pour être vegan en société […]

Perso, je n’aime pas trop en parler. Mais quand on me pose la question, je réponds que j’ai fait ce choix pour les animaux, pour la planète, pour ma santé et que je vis en accord avec mes convictions, sans plus. Je n’aime pas trop en parler parce que et d’une, j’aimerais tellement être éloquente et sortir l’argument juste au bon moment – mais ça, c’est dans ma tête, en vrai, l’argument juste arrive toujours 3 heures après que j’aie eu l’occasion de le sortir !
Et de deux, je suis certaine de mes choix, mais je n’ai pas envie de les imposer à d’autres de façon agressive, un peu comme on l’a fait avec moi. Généralement, les gens se braquent et ils ont bien raison : on n’attrape pas les mouches avec du vinaigre ! Ceci dit, si la personne est intéressée par ce que je dis et cherche à débattre/s’informer en toute bonne foi, ça me va.
Par contre, quelque chose qui m’irrite est de me faire qualifier d’extrémiste : je suis consciente de chaque bouchée que j’ingurgite, de la façon dont est produite la grosse majorité de ce que je consomme. Alors que souvent, j’entends en face “je ne veux pas le savoir”, que cela concerne la toxicité des produits ou les tortures infligées aux animaux. Je pense que “leur” attitude est extrémiste, pas la mienne.
Ce qui m’épate toujours, c’est que la façon dont je mange, m’habille, vis est pratiquement jugée comme une agression pour beaucoup de personnes alors que je n’ai seulement rien dit, que cela ne concerne que moi. Si je leur disais que j’ai décidé de ne m’habiller qu’en rose, par exemple, beaucoup me ficheraient une paix royale ! 😉

C’est bien vrai ça, moi aussi quand on m’a qualifié d’extremiste j’ai un peu bloqué… A partir du moment où les gens disent ça ou encore “je ne veux pas savoir”, je coupe le dialogue, je sens bien qu’il n’y a pas moyen d’avoir une discussion productive donc tant pis…

Bon bah à priori on a tous plus ou moins les mêmes façons de penser. 🙂 C’est vrai qu’au debut c’est difficile de bien réagir et ça l’est encore parfois pour moi. Je suis devenue végetarienne depuis quelques mois maintenant et me pose des questions quand a ma consomation de lait notamment. En tout cas merci pour ton article, on ne se sent pas tout seule dans les mêmes galères haha.
Le veganisme est un fait grandissant, il a pris vachement d’empleur ses dernieres années (voir moins). Donc oui je suis convaincue que petit à petit on ramène les gens du bon côté de la force 😉

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